Une publication de référence

Cahiers alsaciens d'archéologie d'art et d'histoire


Les Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire présentent chaque année des découvertes archéologiques récentes (de la Préhistoire à la fin du Moyen Âge), des monuments en cours d'étude ou de restauration ainsi que des réalisations artistiques (sculpture, peinture, arts décoratifs). Publication scientifique de qualité, ils constituent depuis 1856 une référence pour la connaissance du patrimoine alsacien.

Retrouvez toutes les archives des conférences de la Société de Conservation des Monuments historiques d'Alsace ...


Tome LX - 2017








Résumés

La chronologie absolue du Néolithique alsacien (53-20e siècle avant J.-C.)

La réalisation de nombreuses datations radiocarbones lors des opérations d’archéologie préventive, l’aboutissement du volet régional du programme de datations ERC/English Heritage « Times of their Lifes » pour le Néolithique ancien et moyen et le recours à la calibration bayésienne ont récemment permis de réviser la chronologie absolue du Néolithique de Basse-Alsace. Si la séquence culturelle courant du 53e au 20e siècle avant J.-C. n’a pas été modifiée, en revanche, le rythme des changements a pu être non seulement précisé, mais surtout établi de manière indépendante des données issues des régions limitrophes. Cette contribution se propose de décrire de manière synthétique le rythme de la succession des cultures et des groupes qui se sont succédé et côtoyés au cours du Néolithique dans le sud de la plaine du Rhin supérieur.

Anthony DENAIRE et Philippe LEFRANC




Muttersholtz, rue des Cigognes : des données nouvelles pour le Bronze ancien en Alsace

La fouille préventive menée en 2013 à Muttersholtz, dans le Ried de Centre-Alsace, a livré les vestiges d’un habitat de l’âge du Bronze ancien, avec notamment un puits à cuvelage en bois daté par dendrochronologie, trois bâtiments et une série de nouvelles dates radiocarbone. Avec d’autres sites récemment mis au jour, ces données contribuent à une meilleure connaissance des toutes premières phases de l’âge du Bronze alsacien, notamment en termes d’architecture, de chronologie et d’occupation du territoire.

Gilles PIERREVELCIN




Deux nouveaux sites de hauteur repérés sur les marges du Sundgau (Haut-Rhin sud)

De récentes observations de terrain réalisées sur la colline du Simlisberg de Morschwiller-le-Bas ont motivé la réalisation d’une prospection des franges nord et est du massif loessique du Sundgau, à partir des divers clichés aériens et satellitaires actuellement disponibles en ligne. Ces investigations, couplées à des visites de terrain, ont permis de mettre à jour deux sites d’habitat de hauteur pré- et/ou protohistorique potentiels, le premier sur le Simlisberg, le second sur la colline du Buckenrain à Blotzheim. Les anomalies repérées à Morschwiller-le-Bas correspondent à un enclos polygonal à partition interne dans lequel s’inscrit une importante fosse datée du premier âge du Fer, fouillée en 1986. Le site de Blotzheim, quant à lui, présente un enclos double associé à un système d’entrée. Tous les deux sont installés sur des promontoires naturellement défendus et dominent largement le paysage local. Ces ensembles ne sont pas datés mais certains indices permettent d’envisager, avec prudence, la Protohistoire. Une étude poussée de ces deux sites permettrait d’étoffer la connaissance de l’organisation ancienne du territoire de ce secteur clé, situé au débouché oriental de la Trouée de Belfort, au croisement de trois axes de communication majeurs.

Sébastien GOEPFERT




Un moule de balsamaire zoomorphe trouvé à Sarre-Union (Bas-Rhin)

Un diagnostic archéologique réalisé en 2016 au sein du vicus de Sarre-Union (Bas-Rhin), rue Bellevue, a permis de documenter les fondations d’un bâtiment et une fosse-dépotoir. D’autres vestiges correspondraient à un four de potier et à un puits. Ceux-ci et quelques outils destinés au travail du métal et du bois montrent que cette partie du vicus, et plus particulièrement le bâtiment mis au jour, n’avait pas uniquement une fonction d’habitat. La découverte, dans la fosse-dépotoir, de la moitié d’un moule en terre cuite pour la production de balsamaires en forme de cerf ou de bouquetin est d’un grand intérêt. Il est difficile de juger si le probable four de potier, déjà perturbé à l’époque romaine, est en relation avec cette production. Le présent article est principalement consacré à ce moule, dont la forme n’a à ce jour aucun parallèle en Gaule et dans les provinces germaniques, mais qui permet d’apporter un nouvel éclairage sur la production de balsamaires zoomorphes et de figurines en terre cuite.

Peter HENRICH, Martine KELLER, Gertrud KUHNLE, Tania LANDES




Trois maisons de Strasbourg construites sur les cendres de l’incendie de Strasbourg de 1397

Cet article est consacré à trois maisons médiévales de Strasbourg, sises en rive droite de l’Ill, dans la rue des Bouchers (n° 13 et 17) et dans la rue d’Austerlitz (n° 5). Elles ont deux points communs. Le premier est purement fortuit et circonstanciel : ces maisons ont fait l’objet, à l’occasion de travaux de réhabilitation, d’une étude archéologique ayant notamment révélé leur origine médiévale. Leur second point commun relève d’un évènement ayant marqué l’histoire de la ville : l’incendie qui a embrasé le faubourg sud de Strasbourg en 1397, connu essentiellement par le récit qu’en ont donné les chroniqueurs contemporains. La datation dendrochronologique de la construction des maisons, toutes trois situées au cœur du tissu urbain ravagé par le sinistre, apporte un éclairage inédit sur la reconstruction probablement rapide de ce secteur de la ville.

Maxime WERLÉ




Les copies des miniatures de l’Hortus deliciarum : état actuel des connaissances

Les miniatures de l'Hortus deliciarum, célèbre manuscrit alsacien du XIIe siècle, ont fait l'objet de plusieurs copies au XIXe siècle, avant que l'ouvrage ne disparaisse tragiquement dans l'incendie de la Bibliothèque de Strasbourg en 1870. Dispersées dans plusieurs collections publiques en Alsace et à Paris, ces nombreuses reproductions constituent les témoignages précieux d'une œuvre exceptionnelle, définitivement perdue. Les copies des miniatures de l'Hortus deliciarum ont été longuement étudiées par l'architecte Robert Will dans les années 1970-1990. Ces travaux de recherche peuvent aujourd'hui être enrichis par de nouvelles observations faites sur les copies déjà connues. De plus, la découverte récente de documents d'archives et d’œuvres graphiques a permis de compléter, sur certains points, le travail de Robert Will.

Agnès GUGLIELMI




La porte à pentures romane de l’église abbatiale de Saint-Jean-Saverne – État des connaissances et remarques à propos d’un relevé de 1854

La finesse du décor de ses remarquables pentures fait de la porte de l’église abbatiale de Saint-Jean-Saverne l’une des plus belles de celles d’époque romane conservées dans l’aire d’influence germanique. Entre 1995 et 1997, elle a fait l’objet d’une restauration complète avec pose d’un nouveau revêtement en cuir rouge, qui permet de mieux nous représenter son état d’il y a près de neuf siècles. Cette contribution est également l’occasion d’examiner le plus ancien relevé connu de la porte, passé totalement inaperçu des différents auteurs ayant mentionné cette dernière dans leurs écrits.

René KILL




L’héraldique dans l’œuvre de Friedrich Brentel, miniaturiste strasbourgeois du XVIIe siècle, au regard de la miniature des Armoiries du Cabinet des Estampes et des Dessins de Strasbourg

Les recherches récentes liées à l’exposition Petits Mondes. Miniatures du Cabinet des Estampes au Musée de l’Œuvre Notre-Dame de Strasbourg ont permis d’identifier les armoiries d’une miniature réalisée en 1628 par Friedrich Brentel, chef de file de la tradition de peinture en miniature strasbourgeoise. Au regard de cette avancée sur l’œuvre de l’artiste, il est intéressant d’analyser la place de l’héraldique au sein de ses productions. Cette miniature correspondait-elle à une commande ponctuelle ou bien l’artiste était-il au contraire parfaitement initié à la science du blason ? Le Cabinet des Estampes et des Dessins de Strasbourg conserve un magnifique armorial inédit, réalisé entre 1590 et 1630 et anciennement attribué à Friedrich Brentel. Ainsi, l’occasion d’étudier cet ouvrage en le confrontant aux nouvelles données et en proposant une étude comparative avec la miniature permettra ou non de l’inscrire dans l’œuvre du peintre strasbourgeois.

Nathalie PASCAREL




Images de la Ville : les gravures de J. M. Weis de 1744 à l’occasion de l’accueil de Louis XV à Strasbourg, réalisme documentaire ou révélateur d’images mentales ?

Un examen détaillé des planches gravées de l’ouvrage de J. M. Weis de 1744 et d’images comparables du plan-relief de 1725 ou des relevés d’architecture de l’époque, appuyé sur des comparaisons graphiques et numériques permet d’aller au-delà de la description des qualités documentaires et de révéler quelle est la conception de la ville de l’auteur et de ses commanditaires.

Thierry HATT




L’église Saint-Étienne de Strasbourg et la manufacture des tabacs

À l’occasion de la protection au titre des Monuments historiques de l’ancienne manufacture des tabacs de Strasbourg, cet article revient sur les circonstances de la création de cet établissement industriel au milieu du XIXe siècle. Il rappelle en particulier les efforts entrepris pour sauvegarder l’ancienne église Saint-Étienne, occupée par la première manufacture des tabacs de Strasbourg, installée en 1811 dans l’ancien couvent des visitandines. Objet d’un litige entre le ministère de l’Intérieur, chargé alors des Monuments historiques, et le ministère des Finances, responsable de l’administration des Tabacs, l’église est classée en 1843 et cette mesure de protection joue un rôle central dans la décision finale de construire une manufacture entièrement neuve dans le quartier de la Krutenau.

Paul SMITH et Clémentine ALBERTONI




Le Portail à la rose ou Rosengitter d’Anton Seder, un chef d’œuvre retrouvé

À la suite de travaux dans des réserves des Musées de Strasbourg, un ensemble démonté en fer forgé a pu être identifié comme le « Portail à la rose », réalisé vers 1895 par l’atelier de ferronnerie de la Kunstgewerbeschule, d’après un projet d’Anton Seder. Le tout fermait l’accès à une chapelle dédiée à la Vierge de Lourdes dans l’église Sainte-Madeleine, avant sa destruction partielle en 1904. Bien que de nombreuses productions tridimensionnelles aient été souvent réalisées d’après des projets de Seder par Philipp Oberlé ou Walter von Eberbach, peu d’objets de ce type nous sont parvenus, rendant cette redécouverte d’autant plus importante.

Florian SIFFER




Les collections zoologiques de Strasbourg, témoins de l’empire colonial allemand

Cet article essaye d’appréhender l’impact de la politique expansionniste allemande sur l’enrichissement des collections du Musée zoologique de Strasbourg. Il met en avant le rôle fondamental des comptoirs d’histoire naturelle, en pleine expansion à cette époque, dans la collecte, la circulation et le commerce des spécimens de zoologie. Il souligne aussi la qualité scientifique des pièces obtenues, souvent rares et uniques et évoque leur utilisation et leur devenir. Il soulève aussi la question des circuits d’approvisionnement des comptoirs.

Marie-Dominique WANDHAMMER




Guillaume II et l’archéologie en Alsace et en Moselle

L’intérêt de Guillaume II pour l’archéologie se manifeste tout au long de sa vie et est présent jusque dans sa politique internationale et sa diplomatie. En Alsace et en Moselle, dans la nouvelle Terre d’Empire, il se manifeste par un soutien actif, personnel ou relayé par l’administration impériale, pour les deux principales associations patrimoniales, la Société d’histoire et d’archéologie de Lorraine et la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace. De plus, lors de ses voyages officiels annuels, l’empereur ne manque jamais de prendre connaissance des nouvelles découvertes effectuées par Robert Forrer en Alsace ou par Jean-Baptiste Keune en Lorraine et de se faire présenter les trouvailles archéologiques faites lors des premières années du chantier de restauration du Haut-Koenigsbourg.

Bernadette SCHNITZLER




Une collection de guerre à Strasbourg. Les arts graphiques entre documentation et avant-garde (1914-1918)

L’étude des collections d’art graphique constituées par les Musées de Strasbourg pendant le premier conflit mondial révèle un ensemble complexe et ambitieux jusqu’ici mal connu. Motivé par une double ambition documentaire et artistique, celui-ci apparaît conforme à l’exigence d’inscrire Strasbourg dans une tradition graphique germanique. Il se singularise cependant par certains choix : des œuvres échappant au discours culturel dominant ou tournées vers une modernité peu conforme à la politique générale d’acquisition des musées.

Franck KNOERY